Et quoi ?
Après trois ans d'absence, tu viens sonner chez moi. J'ouvre et je te vois. Tu me dis bonjour, mais qu'est-ce que tu crois ? Que je vais te sourire, te dire que je suis contente de te revoir ?
Tu reviens... Comme si c'était la veille que tu m'avais dit au revoir. Mais au fond, quand m'as-tu dis au revoir pour la dernière fois ? C'était il y a trois ans, oui. Y'a trois ans, t'es parti de chez moi, et tu m'as dit "Au revoir, à demain". Je m'en souviens bien, tu sais. Combien de fois ai-je revu cette scène, combien de fois ai-je revu tes gestes, pour essayer de comprendre ? Trop, beaucoup trop de fois. Et je n'ai toujours pas compris.
Non. Je n'ai toujours pas compris pourquoi, un jour, tu n'es pas venu. Ni pourquoi, le jour d'après, je ne t'ai pas vu. Ni pourquoi je n'ai pas reçu d'appel.
Tout d'un coup, comme ça, t'as décidé de disparaître. Tu te rends compte ? Disparaître. Sans rien. Pas d'appel, pas d'adieu, pas de mail, pas de lettre. Rien. Juste le vide. Et c'est tout.
Ca m'a détruit, tu sais.
Tu ne pourrais même pas imaginer combien de fois j'ai cru t'entendre, combien de fois mon coeur a fait un bond, pour se déchirer un peu plus après.
Je t'ai appelé des milliers de fois. Sans jamais aucune réponse. J'ai inondé ton répondeur de "Rappelle moi". Mais tu ne l'as jamais fait.
J'ai passé des nuits devant chez toi, tu sais. À attendre que tu reviennes, à sonner à ta porte, à la tambouriner, à crier que je voulais que tu montres le bout de ton nez. Mais je ne t'ai jamais vu.
Et beaucoup de fois, j'ai cru que le sol se dérobait sous mes pieds. Beaucoup de fois, en pleine rue, je suis tombée. Et beaucoup de gens m'ont aidée à me relever. Et à chaque fois, j'espérais que la main qu'on me tendait était la tienne. Mais ça n'a jamais été le cas. Jamais.
J'ai vécu l'enfer, tu sais.
J'ai passé des nuits et des journées entières près de mon téléphone, à espérer un appel, un signe de vie. Parfois, je croyais l'entendre sonner, tellement je le voulais. Alors je me précipitait dessus, mais il ne sonnait pas.
Et quand, enfin, il sonnait, je décrochais, pleine d'espoir, mais ce n'était pas toi. J'ai eu la haine, tu sais, contre tous ces gens qui me téléphonaient. Ils me donnaient chaque fois un espoir, je retombais chaque fois de plus en plus haut, en entendant leur voix me dire "Bonjour, c'est moi". Mais ce n'était pas toi.
Après un an de recherches, d'heures passées devant chez toi ou devant mon téléphone, après un an d'espoir de te revoir, j'ai commencé à abandonner.
A ce moment là, je me suis demandé pourquoi.
Bien sûr, ce n'était pas la première fois depuis ton départ. Tous les jours, depuis le premier où je ne t'ai pas vu, je me suis demandé pourquoi. Je me battais pour te retrouver, et après chaque défaite, je me demandais pourquoi. Pourquoi n'étais-tu pas là, près de moi, à me dire que ça va ?
Après un an, cette question est devenue beaucoup plus présente, beaucoup plus intense.
Plus qu'avant, j'ai essayé de comprendre. Etais-ce moi ? Avais-je fait un mauvais pas, dis quelque chose qu'il ne faut pas ? Ou étais-ce toi ? En avais-tu marre ? De tout, de moi ?
Je n'ai jamais trouvé la bonne réponse, tu sais.
Pendant tout ce temps, je me suis fait des milliers de films, des milliers d'histoires, où chaque fois tu finissais par revenir et répondre à ma question.
Tu sais, j'ai imaginé qu'un jour, tu me rappelles. Ou qu'un jour, je te croise au supermarché. Ou qu'un jour, tu m'attrapes la main, au détour d'une rue.
Oui, j'ai passé mon temps à me retourner, en rue, en espérant voir ton sourire. J'ai passé mon temps à glisser la main au fond de ma boite aux lettres, pour vérifier qu'il n'y ait pas de lettre oubliée.
Mais tu n'étais jamais là. Partout où j'allais, il n'y avait jamais rien de toi.
Et pourtant, dans tous les films que je me faisais, tu finissais par être là. J'ai passé tout ce temps à me mentir à moi-même.
Et puis, il y a une chose qui m'est venue à l'esprit, un jour, et qui, depuis ce matin, ne m'avait plus quittée : tu étais mort. Mort.
Peut-être, alors, avais-je passé un an à chercher un mort, une personne qui ne sourira ou ne parlera jamais plus.
Et j'ai essayé de faire mon deuil.
Mais comment faire le deuil d'une personne dont on ne peut même pas voir le cerceuil ?
Ca m'a pris plus d'un an, tu sais. Plus d'un an pour faire le deuil d'une personne que je croyais morte.
Enfin, il y a 6 mois, j'ai retrouvé quelqu'un. Quelqu'un qui était là pour moi. Au fond, peut-être qu'il était là depuis le début, mais je ne l'avais pas vu, je n'avais que toi en tête. Toi, toi, toi. Toi, mon amour. Toi, ma raison de vivre. Toi, celui qui m'a quitté du jour au lendemain, sans un mot, sans rien. Toi, le mort.
Alors, avec lui, j'ai appris à refaire confiance à un homme comme je t'avais fait confiance. Ca a été dur, tu sais. Mais aujourd'hui, je sais que ça va aller. Ou du moins, j'essaie de m'en persuader.
J'ai retrouvé le sourire, tu vois.
Ca fait trois ans que t'es parti. J'ai dû réapprendre à marcher, à aimer, à rire. À faire toutes ces bêtes choses de la vie quotidienne dont on ne pense même plus, quand tout va bien.
Et puis toi, comme ça, tu reviens.
Je ne sais pas... Explique moi.
Explique moi ce que tu crois, ce que tu veux, ce que tu pensais en revenant ici.
Partir, c'est peut-être facile, mais revenir, ce n'est pas aussi simple que ça, tu vois.
Tu ne peux pas revenir. Tu ne peux pas.
Tu m'as brisée, déchirée, en partant comme un voleur.
Et maintenant, tu crois que je vais te sourire ? Te faire entrer chez moi ? Te dire que rien n'a changé, qu'on peut reprendre tout là où on l'avait arrêté ?
Plus maintenant. C'est trop tard. Désolée.
By me. Le 28 janvier 2008.